La grève
Le goût d'éffacer,
Le désir d'oublier,
Voilà des raisons pour m'exiler...

Si seulement la vie était juste...
mais elle est injuste.
Si seulement la vie était belle...
mais elle est si laide.

Que de méchants mots,
Que de souffrants maux,
Dirigé comme un vulnérable bateau,
gardant les voiles bien haut,
j'ai le goût de m'échouer...

M'échouer sur une grève où l'amour n'est pas scellé,
Où le passé est oublié,
Où l'on peut jaboter sans être jugé,
Où rien ne jalonne mes espoirs enfantés...

Mais puisque ceci n'est qu'un rêve mal calculé,
Je me résigne à redresser ma voile,
à me faire bercer par le peu de vagues à mes côtés,
à oublier la longue flottaison bornoyée de mon passé,
à m'accrocher...